| |
Pour
Carol
À travers
quelques photographies remonter le fil d’une pensée de
l’œuvre, polymorphe et singulière dont l’inédit
ne se peut se réduire à un discours, médiocre
leurre en substitut de l’émotion.
Dedans,
dans le cadre de la feuille, l’ascèse de la gravure, le
signe dans le geste consubstantiel de sa naissance à sa fin.
Dehors, in
natura, la profusion généreuse d’un affrontement
avec les matériaux, l’implication absolue physique et
mentale dans une dissonance qui ruine toutes ces normes, devenues,
par notre engourdissement, lois.
Le
mélange d'effacements et de brisures, d’incertitude et
d’hésitation quand le péremptoire décide
des valeurs, positionne d’emblée vers les chemins de traverses.
Défaire
continuellement l’unité, celle de la manière, et
de la matière, celle des motifs, celle du point de vue, réfute
l’hégémonie d’une loi principielle de l’art,
de fondre chaque chose en l’énergie de son geste, pour
participer à la glorification du monde.
Ainsi
prononcer la déroute de l’unité de l’œuvre
tente au contraire de répondre à une condition de l’œuvre,
comme champ des contradictions, celles du monde, qui traversent aussi
chacun de nous.
Les
restes d’un réel perdu, ramassés pour cette évocation
du naufrage, témoignent de l’usure du symbolique dévoyé par
le souci de reconnaissance, et souligne la nécessité d’une
re-fondation.
Transgresser
les catégories programmées, y compris celle, très
courue, de la transgression, voilà ici l’erreur, pire
la faute. Elle a un prix, une douleur, qui en constitue aussi la force,
mais laissons là l’histoire intime.
Ni à l’intérieur
ni à l’extérieur des systèmes constitués,
l’œuvre se produit du danger de n’être pas
identifiable selon des repères établis. L’équivoque
du déclassement dérive d’un jeu au bord des règles,
dehors ou dedans, et s’emploie à contrecarrer les possibilités
de sa définition passant du reconnaissable au «connaissable»
L’ être-là des œuvres
suffit ou plutôt devrait y suffire, si l’on veut bien y réfléchir
un peu: le visible a toujours donné à penser une métaphysique
du savoir, et depuis toujours l’art s’efforce de rendre
sensible une réflexion morale sur l’état des choses.
Et
tous ceux qui risquent une aventure de la pensée, par une imprévision
du sens, l’ombre du doute, le déséquilibre de l’improbable,
irréductibles à ces doctrines binaires de la médiatisation,
peuvent encore entendre l’injonction de Rilke : « nous,
infiniment risqués ». À perdre cet objectif fondateur
tout se délite en loisirs fantaisistes dans la vulgarité du
triomphe de l’animation culturelle instrumentalisée en
lieu et place de la culture.
Pourtant,
fatigués de la vacuité des procédures de la communication,
nous renouerons l’échange d’une expérience
individuelle de la pensée — il ne suffit pas penser,
encore faut-il penser quelque chose, chose qui est ici préservée.
Du
fond de ma réserve, lointaine et proche, un signe.
alain
lestié
Octobre 2007
|